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Le Livre des choses perdues, par John Conolly. Critique

15 juillet 2012

Le Livre des choses perdues, Critique
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Avec « Hùryn Istharii Palaentir» comme pseudo, il était temps que je chronique un des innombrables livres de fantasy que je lis. Il se trouve que le dernier acheté tombe à pic.
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Résumé pas si résumé que ça :
Roman de John Connolly primé par le prix Imaginales 2010, « Le livre des choses perdues » conte l’histoire de David, petit garçon cherchant à rentrer chez lui après s’être égaré en un lieu mystérieux.

Fils unique d’un couple anglais dans la 1ère moitié du XXème siècle, David voit sa mère vaincue par la maladie au moment où il fait son entrée dans la puberté, tandis que son pays se prépare à la guerre. Brisé par cette perte, l’enfant s’accrochera à l’amour de son père, tout en perpétuant le souvenir maternel à travers la passion des livres qu’elle lui aura laissé.

Lorsque le père de David s’éprend d’une autre femme puis est amené à contribuer à l’effort de guerre, l’adolescent vit mal cette situation. Petit à petit, il se renferme, son retrait atteignant son apogée à la naissance d’un demi-frère qu’il considère concurrent à l’attention paternelle.

S’écartant définitivement de sa cellule familiale, David vit à travers ce qu’il lit, laissant les mots prendre substance, écoutant les livres lui parler. Un jour, au fond du jardin, il entend la voix de sa mère, qui lui dit être prisonnière du monde d’où proviennent les histoires.

David franchit l’entrée qui le sépare du pays où les contes prennent vie, se retrouvant perdu dans un univers terrifiant. Son espoir de retrouver celle qui l’a enfanté, tout comme sa chance de retour en Angleterre résident dans « Le livre des choses perdues », un ouvrage possédé par un Roi sur le déclin.

David devra parvenir à la cour royale avant que le pays des contes et son souverain n’abdiquent devant l’horreur d’un règne nouveau, car le royaume est sur sa fin. Une menace plus grande que tous arpente les landes et la forêt, répandant la mort, annoncée en des cris assoiffés de sang.

Le Livre des Choses perdues , critique mouvement I:

Virevoltant à travers les rayons du Virgin mégastore, mon esprit bouquineur a immédiatement été attiré par la couverture sombre de ce livre. L’illustration me rappelait les créatures horrifiques dans le film semi-raté de M.Night Shyamalan : « La jeune fille de l’eau ».

En fin de lecture, c’est un sentiment proche qui m’habite, bien qu’objectivement je ne pourrais pas être aussi sévère avec Conolly qu’avec le réalisateur américain. L’entrée dans ce roman se fit naturellement, grâce à un style de récit que l’on retrouve chez des auteurs tels que Susannah Clarke.

Les trente premières pages sont un délice à lire. Elles distillent une écriture lucide qui n’a pas peur de triturer notre sensibilité, traitant sans ménage la place de l’enfant face au deuil et à la famille recomposée. Tout en restant poétique, la prose de Conolly joue avec notre appréhension.

A l’instar du titre étrange- qui me plait particulièrement -, l’auteur provoque une attente instantanée du lecteur. Les phrases semblent à double sens, comme porteuses d’un horoscope funeste dont on attend la réalisation, car même les choses banales deviennent suspicieuses.
Le Livre des Choses perdues , critique mouvement II:

Malheureusement, l’écrivain prend trop de temps à nous lancer dans la quête de David. On ne parlera pas de longueurs car c’est encore agréable, mais quelques pages avant que le personnage principal ne franchisse le Rubicon, un sentiment de lassitude sanctionne cette attente du lecteur.

A partir de cet instant, se passe une chose curieuse : la prose enlevée –et riche – du début perd en qualité pour un style plus direct qui se montre quelques fois trop simple, comme un souci de l’écrivain d’être accessible à tous en ratissant large : des très jeunes aux adultes fans de fantastique.

La méthodologie de l’intrigue change elle aussi : Conolly laisse de côté l’utilisation de sa technique insidieuse, pour directement nous plonger dans l’action. La peur n’est plus portée par la forme de son récit, mais par le contenu du récit lui-même. Fini l’attente du malheur, le malheur est là.

S’en suit une construction en plusieurs petits « épisodes » narratifs qui relatent les étapes de progression de David en ces terres inconnues. Chacune pourrait presque se lire indépendamment des autres, tant elles sont dissociées, comme si on faisait la visite des pièces d’une maison hantée.

Le Livre des Choses perdues , critique mouvement III:

Conolly étant d’ordinaire un créateur de romans policiers, sa patte noire se glisse dans la fantasy : la cruauté s’étale sans fioritures, parfois jusqu’au glauque, avec ce détachement clinique du genre premier de l’auteur. Mais cela sert aussi à l’écriture de son œuvre fantastique, puisque « Le livre des choses perdues » est écrit tel un conte, et ceux-ci étaient noirs et sans fard il y a des siècles.

Conolly redonne ainsi le côté cruel qui a été ôté aux histoires enfantines dans notre ère moderne. Cependant, par son système de narration épisodique, le recours à l’horreur s’étend sur plusieurs pages, à intervalles réguliers, si bien qu’on s’y attend et qu’au bout d’un moment cette noirceur systématique n’a plus d’effet sur le lecteur qui s’y est habitué au point de la prévoir.

La contrepartie de la perte de l’effet de surprise se matérialise bientôt : toutes les sous-questions au sein des deux grandes questions de départ (a/David retrouvera-t-il sa mère ?b/ parviendra-t-il à rentrer chez lui ?) sont progressivement résolues, sans faire attendre le lecteur dans un faux suspense inutile.

Ainsi, de ses rencontres hasardeuses à ses adjuvants en passant par les régions traversées par David, tout nous est révélé ni trop tôt, ni trop tard. La curiosité se voit enrichie et on prend vraiment plaisir à lire le bouquin, parcourant les relectures que Conolly fait des contes anciens et savourant sa personnalisation de figures littéraires populaires(Blanche-neige, impayable en pouffiasse tyrannique et obèse, est à mourir de rire).

A ma grande surprise, l’une d’entre elles-celle du chevalier vaillant sur son cheval blanc – est un amoureux transi à la recherche de l’homme qu’il aime. Conolly écrivant sans jamais qu’on ne sache sa position morale à propos de l’homosexualité, malgré une construction du scénario qui laisse songeur, et une traduction française suscitant la perplexité sur certains termes.

Le Livre des Choses perdues , critique mouvement IV:

Le livre des choses perdues est en conclusion un mélange de créativité et de déjà-vu, dans un ensemble qui prend bien et se laisse dévorer sans effort. Si j’ai acheté ce livre de 377 pages au prix raisonnable de 7,80 euros je conseillerai plutôt à ceux qui désirent le lire de l’emprunter dans la médiathèque la plus proche de chez eux.

En effet, il se lit rapidement (6h à 12h maxi) et peut laisser un arrière-goût d’inachevé malgré le fait qu’il ait été lauréat d’une récompense reconnue. Evidemment, il est recommandé de recueillir plusieurs avis avant de vous faire une opinion définitive.
Note globale : 6,75/10.

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4 Commentaires sur “Le Livre des choses perdues, par John Conolly. Critique”

  1. Merci pour ta critique, j’espère que tu en feras d’autres, je suis aussi grande amatrice de ce genre de lectures.
    J’essayerais de voir si mon père, amateur de policiers et de Connoly (et de lectures de l’imaginaire aussi), l’a dans sa bibliothèque :D

  2. Merci @red! Oui j’en ferai d’autres. J’aime lire les blogs qui font des critiques de romans. C’est une façon de m’y mettre aussi, pour contribuer à l’effort général quoi. Je trouve ça bien de comparer les ressentis des lecteurs d’une même oeuvre.

  3. Je manque de temps pour faire des critiques aussi poussées, de temps en temps je donne mon ressenti sur le groupe du « coin littérature » sur Yagg, mais pas toujours…

  4. Je savais même pas qu’il y avait un coin littéraire sur Yagg, la honte ! Bon moi au début je prenais une à deux heures pour écrire un article et ça me saoulait un peu. Mais en fait, j’ai découvert une autre méthode : diviser l’article en « petites parties ». ça revient à écrire genre 10 minutes par jour, par exemple juste avant la fin du taf. Ainsi, tu finis ton article sans mm te rendre compte que tu l’as écris. Le seul souci c’est que tu es moins prolifique et que tu « oublies » des articles dans le fond de la boite mail.

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